Dermatologie et IA : des spécialistes africains réunis à Ouagadougou pour penser la médecine de demain

Date:

Date:

La Société de dermatologie d’Afrique francophone (SODAF) tient, du 30 septembre au 2 octobre 2026 à Ouagadougou, son 6ᵉ Congrès, couplé aux 9ᵉ Journées de la Société burkinabè de dermatologie, d’esthétique et de cosmétologie (SOBUDEC). Placées sous le thème « Dermatologie et intelligence artificielle », ces assises réunissent des spécialistes de plusieurs pays africains autour des opportunités, mais aussi des défis liés à l’intégration de l’intelligence artificielle dans la pratique médicale.

La cérémonie d’ouverture s’est tenue le mercredi 30 septembre 2026 à Ouagadougou, sous la présidence du président de l’Assemblée législative du Peuple, Dr Ousmane Bougouma, représenté par le premier vice-président, Camarade Dafidi David Lompo. Elle a réuni notamment le ministre de la Santé, Dr Robert Lucien Jean-Claude Kargougou, le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Pr Adjima Thiombiano, ainsi que la ministre de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques, Dr Aminata Zerbo/Sabane, marraine de la rencontre.

Durant plusieurs jours, dermatologues, chercheurs, professionnels du numérique et autres acteurs du secteur de la santé vont confronter leurs expériences et réfléchir aux moyens de tirer profit des avancées technologiques pour améliorer la prise en charge des patients.

L’Afrique appelée à développer ses propres solutions

Dans son intervention, le premier vice-président de l’Assemblée législative du Peuple a appelé les acteurs africains à prendre pleinement part aux transformations scientifiques et technologiques en cours. Pour lui, l’enjeu est notamment d’adapter ces innovations aux réalités et aux besoins du continent. Il a également plaidé pour une mutualisation des compétences et des ressources entre les États africains, afin de permettre au continent de mieux répondre aux défis liés aux nouvelles technologies.

Cette nécessité de développer une expertise africaine a été particulièrement soulignée par la ministre de la Transition digitale, des Postes et des Communications électroniques. Pour Dr Aminata Zerbo/Sabane, la transformation numérique est désormais une réalité qui touche progressivement les différents secteurs, y compris celui de la santé. « La transformation numérique n’est plus une perspective lointaine. Elle est déjà à l’œuvre », a-t-elle déclaré, estimant que l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles possibilités dans la prévention, le diagnostic, l’orientation des patients, le partage de l’expertise et l’organisation des soins.

La dermatologie présente, selon elle, un terrain particulièrement favorable à ces innovations, notamment en raison de l’importance de l’imagerie médicale, de la télémédecine et de l’analyse des données dans cette spécialité. Mais pour la ministre, l’Afrique ne peut se contenter d’utiliser des solutions conçues ailleurs. Elle a relevé les limites que peuvent présenter des modèles d’intelligence artificielle entraînés à partir de données ne reflétant pas suffisamment les populations africaines. « C’est pour cela qu’il est urgent et nécessaire de concevoir, de développer et d’entraîner nos propres modèles d’IA en santé, à partir de nos réalités, de nos besoins et de nos priorités », a-t-elle insisté. Cette ambition nécessite, selon elle, des infrastructures adaptées, des données de qualité et des compétences, mais aussi une collaboration étroite entre les professionnels de santé, les chercheurs, les ingénieurs et les entrepreneurs.

Pour Dr Aminata Zerbo/Sabane, la transformation numérique est désormais une réalité qui touche progressivement les différents secteurs, y compris celui de la santé

Une IA au service du médecin, et non à sa place

Si l’intelligence artificielle offre de nouvelles perspectives à la médecine, son intégration doit néanmoins rester encadrée. Dr Aminata Zerbo/Sabane a notamment insisté sur la place centrale de l’humain dans l’utilisation de ces technologies. « Il n’est ni envisagé ni envisageable que les outils mis en place remplacent ou puissent remplacer l’humain. Ils sont une aide à l’humain, un allié des médecins et des décideurs », a-t-elle affirmé. L’IA pourrait notamment permettre à de jeunes médecins d’accéder plus facilement à l’expertise de spécialistes expérimentés, contribuer à réduire les distances entre les professionnels de santé et les patients éloignés ou encore faciliter l’exploitation des données sanitaires pour les décideurs. « Nous travaillons juste à transmettre à la machine une partie de votre expertise afin qu’elle puisse vous aider à faire mieux et vite », a expliqué la ministre aux spécialistes réunis à Ouagadougou.

Cette complémentarité entre intelligence artificielle et expertise humaine soulève toutefois d’importantes questions liées à la protection des données de santé. La sécurité des systèmes, la transparence des algorithmes et le respect des droits des patients constituent autant d’enjeux qui devront accompagner le développement de ces outils. Pour Dr Aminata Zerbo/Sabane, « le progrès technologique n’a de sens que s’il demeure maîtrisé et orienté vers l’intérêt général ».

Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, l’accent a également été mis sur la recherche et la production de connaissances adaptées aux réalités locales. Prenant la parole au nom du ministre de la Santé et en son nom propre, Pr Adjima Thiombiano a salué l’implication des jeunes spécialistes et appelé au renforcement des réseaux de collaboration entre chercheurs et professionnels. Il a également invité les acteurs à promouvoir un usage conscient, responsable et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

Pour le Pr Emmanuel Armand Kouotou, troisième vice-président de la SODAF, le congrès constitue une occasion de consolider une communauté dermatologique africaine plus forte, solidaire et ouverte aux évolutions scientifiques. Les échanges doivent notamment permettre de confronter les pratiques, de renforcer les collaborations entre spécialistes et de mieux préparer la dermatologie africaine aux mutations technologiques à venir.

Le Pr Adjima Thiombiano a salué l’implication des jeunes spécialistes et insisté sur la nécessité de renforcer la recherche, les réseaux de collaboration et la production de connaissances utiles aux populations

Au-delà des communications scientifiques, les organisateurs souhaitent que les travaux débouchent sur des initiatives concrètes. La ministre de la Transition digitale a ainsi encouragé les participants à faire de cette rencontre un espace de construction et d’innovation. « Je souhaite que de vos travaux naissent des initiatives concrètes et que nos jeunes chercheurs et innovateurs trouvent ici des raisons supplémentaires d’oser », a-t-elle déclaré.

À travers ce congrès, les spécialistes africains entendent ainsi réfléchir aux conditions d’une intégration pertinente de l’intelligence artificielle dans la dermatologie, tout en veillant à ce que les solutions développées répondent aux réalités du continent et contribuent effectivement à améliorer la prise en charge des populations.

FasoMag

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre newsletter

spot_img

FLASH INFOS

À LIRE AUSSI