La 7e édition du « Mois d’octobre, Mois du consommer local » a été lancée ce jeudi 1er octobre 2026 au siège de la Commission de l’UEMOA, à Ouagadougou. À travers cette nouvelle édition, qui se poursuit jusqu’au 4 octobre, l’organisation communautaire veut donner une nouvelle dimension à l’initiative en misant sur la compétitivité des entreprises, la transformation locale et une meilleure circulation des produits entre les huit Etats membres.
Le « Mois d’octobre, Mois du consommer local » entame une nouvelle étape. Sept ans après son institution par les ministres chargés du Commerce des Etats membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), l’initiative ne veut plus seulement sensibiliser les populations à l’achat des produits locaux. Elle entend désormais contribuer davantage à la construction d’un marché régional capable de soutenir les entreprises de l’espace communautaire.
C’est tout le sens du thème de cette 7e édition : « Consommer local, facteur d’intégration régionale et de souveraineté économique de l’UEMOA face aux mutations du commerce mondial ». Le lancement officiel s’est tenu ce 1er octobre 2026 à Ouagadougou, en présence de représentants des institutions communautaires, des autorités burkinabè, du secteur privé et de plusieurs acteurs économiques.

Un marché régional encore largement à conquérir
Prononçant le discours du président de la Commission de l’UEMOA, Abdoulaye Diop, le commissaire chargé du Département du marché régional et de la coopération, Pr Filiga Michel Sawadogo, a rappelé que l’initiative avait été instituée le 25 octobre 2019 à Ouagadougou. Depuis sa première édition en 2020, elle a permis, selon lui, de rapprocher producteurs et consommateurs et de multiplier les espaces de rencontre entre opérateurs économiques. Mais au-delà de ces acquis, la Commission souhaite désormais s’attaquer à une question centrale : comment faire circuler davantage les produits de l’UEMOA au sein même de l’Union ?
Les chiffres présentés lors de la cérémonie montrent l’ampleur du défi. Sur la période 2022-2024, les échanges intracommunautaires n’ont représenté en moyenne que 13,1 % du commerce total de marchandises de l’Union. Près de 87 % des échanges se sont donc effectués avec des partenaires situés en dehors de l’espace UEMOA. Pour le Pr Filiga Michel Sawadogo, cette situation doit conduire les Etats membres à renforcer leurs échanges. « La souveraineté économique que nous visons consiste à produire, transformer et échanger davantage entre nous », a-t-il expliqué.
La Commission entend ainsi privilégier la compétitivité plutôt que la fermeture des marchés. Son ambition est notamment de faire du « Made in UEMOA » une référence en matière de qualité, de sécurité et de compétitivité, aussi bien auprès des consommateurs de l’Union qu’au-delà de ses frontières. Cette ambition suppose cependant que les produits soient disponibles, accessibles, conformes aux normes et proposés à des prix acceptables pour les consommateurs.

Transformer davantage pour mieux échanger
Pour atteindre cet objectif, la Commission de l’UEMOA entend s’appuyer sur son plan stratégique 2025-2030, « Impact 2030 », qui prévoit notamment le développement d’écosystèmes de production dans l’agro-industrie, les industries légères et extractives ainsi que les services à valeur ajoutée. Trois filières sont déjà identifiées comme prioritaires : le coton-textile, le riz et l’engrais-phosphate. L’enjeu, pour cette nouvelle édition, est de ne plus se limiter à identifier les filières porteuses, mais de favoriser leur fonctionnement à l’échelle régionale, de la production jusqu’à la distribution. D’autres secteurs sont appelés à rejoindre progressivement cette dynamique, notamment les céréales, les oléagineux, les produits agroforestiers ainsi que les industries culturelles et créatives. Cette orientation s’accompagne d’une étude d’évaluation des premières années du « Mois d’octobre, Mois du consommer local ». La démarche doit permettre de mesurer les effets de l’initiative et de dégager des pistes pour renforcer son impact sur les économies nationales et sur l’ensemble de l’espace communautaire.
Le Burkina Faso mise sur la transformation locale
Pays hôte du lancement régional, le Burkina Faso a réaffirmé son adhésion à cette dynamique. Au nom du ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniedem Poda, le conseiller technique Raoul Tiéné a rappelé que le pays soutient depuis plusieurs années les initiatives destinées à promouvoir les produits locaux. Il a notamment souligné que le « Mois du consommer local » rejoint l’orientation du Burkina Faso en faveur de la transformation structurelle de son économie, à travers le développement des petites, moyennes et grandes industries manufacturières.
La stratégie burkinabè repose notamment sur une meilleure transformation des matières premières locales et sur la diversification des exportations. Dans cette perspective, le représentant du ministre a évoqué plusieurs initiatives de transformation engagées dans le pays. Pour le Burkina Faso, l’enjeu dépasse toutefois les frontières nationales. Les produits transformés doivent pouvoir trouver des consommateurs au Burkina, mais également dans les autres Etats membres de l’UEMOA. Le conseiller technique a ainsi invité les opérateurs économiques burkinabè à profiter de la foire régionale pour faire connaître leur savoir-faire et nouer des partenariats commerciaux.
Une foire pour rapprocher les entreprises
La dimension commerciale de cette 7e édition s’est matérialisée avec l’ouverture d’une foire régionale des produits locaux au siège de la Commission de l’UEMOA. Des exposants venus de plusieurs pays de la sous-région y présentent leurs produits et leur savoir-faire. La visite des stands a permis aux participants de découvrir cette diversité de productions. Pour la Commission, cette foire ne constitue pas uniquement une vitrine. Elle doit surtout favoriser les rencontres entre entreprises, clients et partenaires et permettre aux exposants d’accéder à des marchés qu’ils auraient difficilement atteints seuls. Des produits alimentaires transformés côtoient ainsi différentes productions issues du savoir-faire local. La présence d’exposants de plusieurs pays donne également une dimension concrète à l’objectif d’intégration régionale défendu par l’UEMOA.

Le secteur privé face à un marché de 152 millions de consommateurs
La Chambre consulaire régionale de l’UEMOA, représentée à la cérémonie par Augustin Bambara, président du Comité statutaire du Conseil national du patronat burkinabè, a également insisté sur le potentiel économique de l’espace communautaire. Selon les données présentées, l’UEMOA représente un marché d’environ 152 millions d’habitants. Pour le secteur privé, cette population constitue un potentiel de débouchés qui reste encore largement à exploiter. L’objectif est donc de faire du marché communautaire un espace à la fois de commercialisation, d’approvisionnement, d’investissement et de développement pour les entreprises. Mais l’intégration régionale nécessite aussi de renforcer les différents maillons des chaînes de valeur : financement, énergie, logistique, emballage, certification, technologies et distribution. C’est à cette condition que les entreprises pourront davantage tirer profit de l’ouverture du marché régional.
Durant quatre jours, les activités de cette 7e édition permettront donc de poursuivre les échanges autour de ces enjeux. Une conférence publique est également prévue le 2 octobre au siège de la Commission de l’UEMOA afin d’approfondir les réflexions et de formuler des recommandations.
En lançant officiellement cette nouvelle édition, le Pr Filiga Michel Sawadogo a appelé les Etats, les entreprises, les institutions financières, les femmes, les jeunes et les consommateurs à prendre leur part dans cette dynamique. Pour l’UEMOA, le « consommer local » doit désormais dépasser le simple réflexe d’achat pour devenir un outil de production, de transformation et d’échanges au service de l’intégration régionale.
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