Réduire les tracasseries aux frontières, accélérer le transport des marchandises et renforcer la lutte contre la fraude douanière. C’est autour de ces préoccupations que les premiers responsables des administrations douanières du Burkina Faso, du Mali, du Niger et du Togo se sont retrouvés, ce jeudi 15 octobre 2026, à Ouagadougou. Cette cinquième rencontre, placée sous la présidence du Premier ministre burkinabè, fait suite aux travaux préparatoires des experts tenus du 12 au 14 octobre.
Pour un transporteur qui quitte le port de Lomé à destination du Burkina Faso, du Mali ou du Niger, chaque formalité supplémentaire à la frontière peut représenter du temps et des charges additionnelles. C’est notamment à ces contraintes que les administrations douanières des quatre pays entendent apporter des réponses communes. Réunis autour du thème « Harmonisation des procédures douanières pour un commerce fluide et sécurisé dans l’espace AES », les responsables douaniers doivent examiner les recommandations formulées par leurs experts et convenir des mesures à mettre en œuvre pour faciliter les échanges. L’ambition est double : permettre aux marchandises de circuler plus facilement, tout en garantissant aux États un meilleur suivi des opérations commerciales et une mobilisation efficace des recettes.
Président de la Commission nationale de l’AES du Burkina Faso, Bassolma Bazié a rappelé que les administrations douanières occupent une place essentielle dans la construction de la souveraineté économique des États sahéliens. Il a salué le travail de la douane burkinabè, notamment les efforts consentis dans la mobilisation des ressources et la protection de l’économie nationale. Pour lui, la coopération entre les pays de l’AES et le Togo constitue une nécessité, au regard de l’importance du corridor portuaire togolais dans l’approvisionnement des économies sahéliennes.

Cinkassé, symbole des ambitions d’intégration
La volonté de rendre les frontières moins contraignantes a particulièrement été exprimée par Konzi Tei, représentant du commissaire général de l’Office togolais des recettes (OTR). Évoquant le poste frontalier de Cinkassé, entre le Burkina Faso et le Togo, il a souhaité que ce point de passage devienne un modèle de coopération douanière. Son ambition est que les voyageurs et les transporteurs puissent circuler entre le Togo et les pays de l’AES sans ressentir les lourdeurs administratives habituellement associées au franchissement des frontières. « Nous voudrions […] que tout voyageur d’un pays de l’AES, tout transporteur de l’AES qui vient au Togo ou qui quitte le Togo pour l’AES ne puisse savoir à quel moment il a quitté le Togo et à quel moment il est entré dans l’AES », a-t-il déclaré. Konzi Tei a reconnu les avancées enregistrées depuis les précédentes rencontres, notamment celle de Bamako. Il a toutefois insisté sur la nécessité de transformer les recommandations en réalisations concrètes, afin de ne pas revenir continuellement sur les mêmes difficultés.
Du côté malien, le directeur général des douanes, Amala Cheikna Diallo, a mis l’accent sur l’adaptation des administrations aux mutations du commerce international. Face à la digitalisation des échanges, au développement du commerce électronique et à la sophistication des réseaux de fraude, il estime indispensable d’accélérer l’intégration des systèmes douaniers. Parmi les priorités identifiées figurent l’achèvement du régime tarifaire préférentiel confédéral, l’élaboration de règles d’origine et l’interconnexion des systèmes informatiques des administrations concernées. Cette interconnexion devrait permettre un meilleur partage des informations, un suivi plus efficace des marchandises en transit et une détection plus rapide des irrégularités. Le directeur général des douanes du Niger, Mohamed Yacouba, a également défendu cette orientation. Il a souligné l’importance des recettes douanières pour les économies sahéliennes et la nécessité de moderniser les administrations afin de réduire les délais, de faciliter les opérations commerciales et d’améliorer les relations avec les opérateurs économiques.

Faciliter le commerce sans compromettre les contrôles
Pour les autorités burkinabè, cette volonté d’intégration doit néanmoins s’accompagner de garanties en matière de sécurité économique. Représentant le ministre de l’Économie et des Finances, la ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako Traoré, a rappelé que la douane ne se limite pas à la perception des droits et taxes. Elle constitue également un instrument de protection des frontières et de défense des intérêts économiques nationaux. « Nous devons faciliter le commerce sans ouvrir la voie à la fraude. Nous devons accélérer les procédures sans affaiblir les contrôles. Nous devons protéger nos économies sans entraver les activités légitimes de nos opérateurs », a-t-elle insisté. La ministre déléguée a notamment appelé à une évaluation rigoureuse des recommandations antérieures et à l’adoption de décisions assorties de responsabilités clairement définies et de délais d’exécution.
Elle a également évoqué la migration envisagée vers une nouvelle génération du système informatique douanier SYDONIA. Une évolution qui nécessitera, entre autres, la formation des agents, la compatibilité des systèmes et la fiabilité des données échangées. Au-delà des engagements politiques, les administrations douanières sont ainsi attendues sur leur capacité à produire des résultats mesurables. Pour les opérateurs économiques, ces résultats devraient se traduire par des formalités simplifiées, des délais de passage réduits et une meilleure prévisibilité des opérations commerciales.
La rencontre de Ouagadougou doit permettre de préciser les actions prioritaires pour y parvenir. L’objectif est désormais de faire en sorte que l’intégration économique prônée par les États de l’AES, avec la coopération du Togo, soit perceptible jusque dans le quotidien des commerçants et des transporteurs.

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