Plus de 10 milliards de francs CFA de marchandises frauduleuses interceptées en trois mois. C’est le bilan de l’opération Manya, présenté ce mardi 20 octobre 2026 au magasin de Ouaga Inter, à Ouagadougou. Derrière ces saisies impressionnantes, l’administration des douanes met en lumière des trafics qui menacent aussi bien la santé des populations que la sécurité nationale et l’économie burkinabè. Plusieurs structures partenaires ont été associées à cette présentation.
Parmi les saisies les plus importantes figurent 4 234 935 comprimés de Tapentadol, évalués à plus de 8,3 milliards de francs CFA, ainsi que 11 087 kilogrammes de médicaments contrefaisants, estimés à plus de 1,1 milliard de francs CFA. Les douaniers ont également mis la main sur 533 tonnes d’engrais, 490 tonnes de riz et six sacs supplémentaires, 2 686 bidons d’huile alimentaire, 2 480 colis de pesticides, 19 véhicules, 10 bonbonnes de mercure, 91 sacs de cyanure, 2 000 grammes de cocaïne et 344 000 bâtons de cigarettes.
À ces marchandises s’ajoutent 15 760 bâtons d’explosifs et 25 000 cordeaux détonants, dont la circulation incontrôlée constitue une préoccupation sécuritaire majeure.

« Beaucoup de contrebandiers vont mettre la clé sous le paillasson »
Face à la presse, le directeur général des douanes, Dr Yves Kafando, a affiché sa détermination à intensifier la lutte contre les circuits frauduleux.
« Nous avons choisi d’appuyer sur l’accélérateur, nous avons appuyé sur l’accélérateur. Cette opération, c’est clair que beaucoup de contrebandiers, beaucoup de faux importateurs vont mettre la clé sous le paillasson », a-t-il déclaré. Pour le premier responsable de l’administration douanière, l’objectif est d’assainir le secteur commercial et de garantir des conditions de concurrence équitables aux opérateurs qui respectent la réglementation. Il a également félicité les agents mobilisés pour cette opération, les invitant à maintenir une vigilance permanente afin de combattre durablement ce qu’il qualifie de « gangrène de l’économie ».

Des vies potentiellement mises en danger
Au-delà de leur valeur marchande, certaines saisies ont particulièrement retenu l’attention des structures partenaires présentes. Le lieutenant-colonel Théodono Aristide Alira, directeur central adjoint du Génie militaire, a notamment salué l’interception des matières explosives. Selon lui, leur introduction illégale sur le territoire présente des risques considérables, puisqu’elles peuvent se retrouver entre les mains de groupes terroristes.
« On n’imagine pas le nombre de vies sauvées grâce à cette opération », a-t-il souligné, appelant les populations à continuer de signaler les activités suspectes aux Forces de défense et de sécurité. La question sanitaire a également occupé une place importante dans les échanges. Pour Dr Arsène Ouédraogo, directeur général de Faso-FDA, la nature des produits interceptés appelle à une vigilance accrue. Sa structure procédera à des prélèvements sur les médicaments, les denrées alimentaires et les huiles saisis afin d’en examiner la composition et de rechercher d’éventuelles substances dangereuses.

« Quand je regarde les saisies et les produits qui sont là, ça fait froid dans le dos », a-t-il confié. Il a surtout insisté sur la responsabilité des consommateurs dans la lutte contre ces trafics. « Le trafiquant existe parce qu’il y a un demandeur. Lorsqu’on supprime la demande, l’offre disparaît », a-t-il rappelé, invitant les populations à s’approvisionner auprès des circuits légaux.
Une mobilisation qui va au-delà des services douaniers
La présentation a également été marquée par la participation de la Société burkinabè d’intrants et de matériels agro-pastoraux (SOBIMAP). Son directeur des approvisionnements et des achats, Ibrahim Bakouan, a salué la saisie des 533 tonnes d’engrais frauduleusement introduites sur le territoire. Il a rappelé l’importance de garantir aux producteurs des intrants de qualité, dans un contexte où leur acquisition représente déjà un effort financier considérable. La SOBIMAP entend examiner, avec l’administration douanière, les conditions réglementaires permettant un éventuel enlèvement des engrais saisis au profit des producteurs. Pour sa part, Marcel Kouraougou, président de la Ligue des consommateurs du Burkina, a estimé que cette opération contribue à préserver deux droits fondamentaux : le droit à la santé et celui à l’information. Il a salué l’initiative de la Douane de présenter publiquement les marchandises interceptées, y voyant également une occasion de sensibiliser les citoyens aux dangers des produits de contrebande. « On ne pourra pas mettre un agent de sécurité derrière chaque personne, mais chaque personne est un agent de sécurité », a-t-il fait observer, encourageant les consommateurs à dénoncer les pratiques frauduleuses dont ils ont connaissance.

Avec l’opération Manya, l’administration des douanes ne se limite donc pas à la récupération de marchandises introduites illégalement. Elle entend également agir sur les différents maillons d’un trafic dont les conséquences peuvent toucher directement les ménages, les producteurs et la sécurité du pays.
La diversité des produits interceptés rappelle surtout que derrière la contrebande se cachent des enjeux bien plus importants que les recettes douanières perdues. Une réalité qui appelle, selon les différents intervenants, à une collaboration permanente entre les services de contrôle, les structures spécialisées et les populations.

FasoMag


