Réunis à Ouagadougou les 6 et 7 octobre 2026, les acteurs du pastoralisme, du foncier et du développement prennent part à un atelier de restitution et de validation des résultats d’une étude consacrée au pastoralisme sûr et durable comme réponse au changement climatique. Pendant deux jours, les participants examinent les données recueillies au cours de six mois de recherche et réfléchissent à leur prise en compte dans les politiques publiques et les pratiques de terrain.
Et si le pastoralisme, souvent présenté à travers ses difficultés et ses vulnérabilités, constituait aussi une partie de la réponse aux effets du changement climatique ? C’est l’une des questions au cœur de l’atelier organisé à Ouagadougou par le Réseau Billital Maroobé (RBM) et l’International Land Coalition (ILC). La rencontre vise à mettre en discussion les résultats d’une étude consacrée au pastoralisme sûr et durable comme solution agroécologique face aux changements climatiques.
Pendant six mois, des recherches ont été menées dans plusieurs pays du Sahel, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger, ainsi que dans des pays côtiers voisins comme la Côte d’Ivoire. Les premiers résultats de cette recherche sont soumis à l’appréciation des différentes parties prenantes réunies à Ouagadougou. L’objectif est de recueillir leurs observations, leurs critiques et leurs propositions afin d’améliorer le rapport et de renforcer son utilité pour les décideurs et les acteurs de terrain.
Changer le regard sur le pastoralisme
Pour les organisateurs, l’enjeu est aussi de faire évoluer la perception du pastoralisme. Dans de nombreux débats, cette activité est régulièrement associée à la pression exercée sur les ressources naturelles, aux conflits liés à l’accès aux terres ou encore aux difficultés environnementales. Pourtant, les acteurs réunis à Ouagadougou souhaitent mettre davantage en évidence ses capacités d’adaptation.
Le changement climatique impose déjà de nouvelles contraintes aux communautés pastorales. Raréfaction de l’eau, dégradation des pâturages, modification des calendriers pastoraux, apparition ou aggravation de certaines maladies animales et pression accrue sur les ressources naturelles font partie des difficultés évoquées au cours de l’atelier. À cela peuvent s’ajouter, dans certains contextes, des tensions autour de l’accès aux ressources.
Dans ce contexte, la mobilité pastorale apparaît comme l’un des principaux mécanismes d’adaptation. Elle permet aux éleveurs et à leurs troupeaux de se déplacer en fonction de la disponibilité des pâturages et des ressources en eau. Pour les promoteurs de l’étude, cette mobilité ne devrait donc pas être uniquement perçue comme une contrainte à encadrer, mais également comme une stratégie permettant aux systèmes pastoraux de s’adapter aux variations climatiques.
Les pratiques pastorales peuvent également contribuer à la fertilisation des sols, à la valorisation des ressources naturelles et au maintien de certains équilibres écologiques. C’est précisément cette contribution que la recherche entend documenter davantage afin de nourrir les politiques et les pratiques dans les pays concernés.

Des données pour éclairer les politiques publiques
Au-delà de la présentation des résultats, l’atelier se veut un espace de dialogue entre les acteurs concernés par le pastoralisme, le foncier, l’environnement et le développement. Pour les organisateurs, produire des données fiables est indispensable pour dépasser les perceptions et disposer d’éléments susceptibles d’éclairer les décisions publiques. « Nous avons pensé devoir produire des données, devoir fournir des preuves qui vont informer les politiques et les pratiques sur le terrain », a expliqué le représentant du directeur général du foncier, en présentant la démarche ayant conduit à l’étude.
L’enjeu est désormais de savoir comment transformer ces résultats en actions concrètes. Les échanges portent notamment sur la place de la mobilité pastorale dans l’aménagement du territoire et la gestion des ressources naturelles, la sécurisation des espaces pastoraux, l’accès à l’eau et le renforcement de la résilience des communautés pastorales.
Les participants insistent également sur la nécessité de disposer de données régulières et fiables sur les dynamiques pastorales. Ces informations doivent permettre de mieux comprendre les évolutions du secteur, d’anticiper les risques et d’orienter les interventions publiques. L’étude pourrait ainsi constituer à la fois une base de dialogue entre les différents acteurs et un outil d’aide à la décision.
Le Burkina Faso face à un enjeu particulier
La rencontre intervient dans un contexte où la question pastorale demeure particulièrement importante au Burkina Faso. La révision de la loi sur le pastoralisme est actuellement en cours et pourrait, selon les organisateurs, tirer profit des résultats de l’étude en cours de finalisation.
Pour les acteurs présents à Ouagadougou, cette évolution du cadre légal constitue donc une occasion de mieux prendre en compte les réalités et les besoins des communautés pastorales, notamment leur accès sécurisé aux terres et aux ressources nécessaires à leurs activités.
L’atelier s’inscrit par ailleurs dans la dynamique de l’Année internationale des parcours et des pasteurs (IYRP) 2026. Il marque également le lancement de la campagne « Mobility Matters » pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Cette initiative entend promouvoir la mobilité pastorale et rappeler son importance dans la résilience des systèmes pastoraux.
Au terme des deux jours de travaux, les organisateurs espèrent ainsi disposer d’un rapport enrichi par les observations des participants. Plus largement, il s’agit de faire en sorte que le pastoralisme soit davantage reconnu comme une composante des stratégies d’adaptation au changement climatique, mais aussi comme un secteur dont les réalités doivent être prises en compte dans l’aménagement des territoires et la gestion durable des ressources.
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