Diapora : Berny, l’artiste qui veut porter une autre image du Burkina aux Etats-Unis

Date:

Date:

Installé aux États-Unis depuis 2011, Bernard Kyelem, alias « Berny », évolue depuis plusieurs années dans le milieu culturel burkinabè. Promoteur culturel, manager d’artiste, blogueur et désormais chanteur, il a choisi de faire de la culture un moyen de rester attaché à son pays d’origine et d’en promouvoir une autre image au-delà des frontières.

Entre New York, le New Jersey et Ouagadougou, Bernard Kyelem mène une vie à cheval entre deux univers. Parti aux États-Unis en 2011, il y a trouvé de nouvelles expériences, mais n’a jamais véritablement coupé le lien avec le Burkina Faso. Bien au contraire. Plus d’une décennie après son départ, celui qui se fait appeler « Berny » multiplie les initiatives pour maintenir ce lien et faire connaître son pays autrement. Son histoire avec le monde culturel ne date d’ailleurs pas de ses premiers pas derrière un micro. Très jeune déjà, il s’essayait au rap avec des amis de quartier. Faute de producteur et de moyens pour structurer véritablement cette passion, il décide finalement de tenter l’aventure américaine.

Une fois installé aux États-Unis, son intérêt pour la culture burkinabè ne disparaît pas. Il prend plutôt une autre forme. Sur les réseaux sociaux, Berny commence à faire la promotion des artistes et de leurs activités. Son travail finit par lui ouvrir les portes du milieu culturel. De nombreux artistes découvrent son activité et sollicitent son accompagnement. « Je suis principalement entre New York, le New Jersey et le Burkina Faso », explique-t-il. Malgré la distance, il s’efforce de rentrer au pays environ tous les six mois. Un rythme qui traduit, selon lui, son attachement à la terre natale. À terme, son souhait est d’ailleurs de revenir s’y installer définitivement.

De manager à artiste

Avant de se lancer lui-même dans la chanson, Berny était déjà manager d’artistes. Depuis 2017, il accompagne notamment Youmali, avec qui il a effectué plusieurs tournées aux États-Unis, notamment au Texas et à Boston. Ces déplacements ont été l’occasion d’aller à la rencontre de la communauté burkinabè vivant à l’étranger. En parallèle, il développe son activité de promoteur culturel et organise des rencontres destinées à rapprocher les Burkinabè de la diaspora et ceux restés au pays. Parmi ses initiatives figure « Diaspora Party », un événement pensé comme un espace de rencontre entre entrepreneurs, artistes et membres de la communauté.

L’objectif dépasse le simple divertissement. Berny souhaite favoriser les échanges et les collaborations entre ceux qui vivent à l’étranger et ceux qui entreprennent au Burkina Faso. Pour lui, la diaspora peut jouer un rôle dans le développement du pays, à condition que les liens avec le pays d’origine soient entretenus. C’est dans ce parcours déjà bien établi dans l’univers culturel qu’il décide finalement de renouer avec son ancienne passion pour la musique. Sa carrière de chanteur commence officiellement en 2024 avec le single « Allumer la télé ».

Le morceau marque ainsi une nouvelle étape dans un parcours culturel entamé bien plus tôt. Il enchaîne ensuite avec « My country », une chanson dans laquelle il cherche à mettre en avant une image positive du Burkina Faso. Pour Berny, ce choix répond à une préoccupation particulière. Vivant à l’étranger, il dit constater que l’image du Burkina Faso véhiculée par certains médias internationaux ne correspond pas toujours à la réalité vécue par les populations.

« Nous avons le devoir, à travers la musique ou toute autre activité, de montrer que l’image qui est donnée n’est pas la bonne », estime-t-il. À ses yeux, les Burkinabè établis à l’étranger ont une responsabilité particulière. « Les gens de la diaspora sont les ambassadeurs du Burkina partout où ils sont », affirme-t-il. Sa musique devient alors un moyen supplémentaire de montrer le pays sous un autre angle à ceux qui ne l’ont jamais visité.

« Namalgamin », entre modernité et tradition

Le 22 janvier 2025, Berny sort « Namalgamin », un single réalisé en collaboration avec Wiz Keuch. Le morceau, interprété en mooré, porte un message d’espoir, de travail, de persévérance et de solidarité. La rencontre avec Wiz Keuch s’est faite grâce aux réseaux sociaux. Séduit par son univers artistique, Berny souhaitait associer son style à une chanson capable de faire dialoguer modernité et tradition. La collaboration s’est finalement concrétisée grâce à une connaissance commune, le producteur de Wiz Keuch étant également un ami. Avec « Namalgamin », l’artiste veut notamment s’adresser à la jeunesse. Le message est simple : le travail et la persévérance finissent par porter leurs fruits. Il insiste également sur l’importance du partage et de la solidarité, convaincu qu’une société ne peut véritablement progresser sans entraide. Plus récemment, Berny a également dévoilé un nouveau titre, « Changer », réalisé en featuring avec l’artiste burkinabè Smarty. Cette collaboration vient prolonger son parcours musical et témoigne de son envie de poursuivre l’aventure artistique tout en restant connecté à la scène musicale de son pays.

Le lien de sa chanson avec smarty :  https://youtu.be/Ukk1Ueeh7bA?is=ZbTkQEXPkTBZY-8p

Son propre parcours nourrit également son discours à l’endroit des jeunes qui envisagent de partir à l’étranger. Berny ne présente pas l’émigration comme une solution miracle. Son expérience américaine lui a plutôt appris que le départ implique des sacrifices et une importante capacité d’adaptation. À son arrivée aux États-Unis, l’un de ses premiers obstacles a été la langue. Francophone, il a dû apprendre l’anglais avant de pouvoir véritablement s’intégrer. Pendant près de deux ans, il s’est consacré à cet apprentissage. Le rythme de travail, différent de celui auquel il était habitué, a également constitué un défi. Mais avec le temps, les difficultés ont laissé place à de nouvelles possibilités. Aujourd’hui, il considère son expérience comme une opportunité d’acquérir des compétences qu’il pourra un jour mettre au service de son pays. Pour lui, partir ne devrait donc pas signifier tourner définitivement le dos au Burkina Faso. « L’immigration ne doit pas être une fuite, mais un moyen d’acquérir une expertise pour mieux contribuer au développement du Burkina Faso », défend-il. Il conseille également aux candidats au départ de privilégier les voies légales et de se fixer un objectif précis. Les départs clandestins, notamment à travers la traversée de la mer, exposent selon lui les candidats à des risques considérables. Une fois à l’étranger, il recommande également de rester concentré sur ses objectifs et de faire preuve de prudence dans ses fréquentations. « À l’extérieur, personne ne vous guide », rappelle-t-il.

Un pied aux États-Unis, l’autre au Burkina

Quatorze ans après son installation aux États-Unis, Berny continue donc de vivre entre les deux pays. L’expérience américaine lui a permis de développer plusieurs activités dans le secteur culturel, mais elle n’a pas diminué son attachement au Burkina Faso. Son ambition est aujourd’hui de poursuivre sa carrière musicale, ses activités de promotion culturelle et ses initiatives en faveur de la diaspora. Avec une conviction : le départ à l’étranger peut aussi être un moyen de revenir plus fort, avec de nouvelles compétences et de nouvelles idées.

À travers ses chansons, ses événements, ses contenus sur les réseaux sociaux et son accompagnement des artistes, Bernard Kyelem entend ainsi jouer sa partition dans la promotion du Burkina Faso. Un engagement qui, pour cet artiste de la diaspora, pourrait un jour le ramener définitivement au pays.

FasoMag

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre newsletter

spot_img

FLASH INFOS

À LIRE AUSSI