Le Burkina Faso rejoint ainsi plusieurs pays africains ayant déjà sollicité l’épargne de leurs expatriés. Mais, cet emprunt n’est pas dénué de zones de fragilité, dans un pays exposé à l’insécurité djihadiste.
Le « bon de la diaspora” est une obligation d’État, avec des durées de placement de cinq et sept ans et des taux d’intérêt compris entre 6,7 et 6,8 %. Une rémunération bien plus généreuse que ce qu’offrent aujourd’hui de nombreux produits d’épargne disponibles en Europe ou aux États-Unis.

Innovation mais…
Mais, si cette innovation constitue une alternative crédible aux financements classiques, l’économiste camerounais, Honoré Justin Mondomobe, estime que celle-ci nécessite la restauration d’un climat de confiance entre le pouvoir militaire et les épargnants de la diaspora. « Parce qu’il y a une espèce de cassure de confiance entre les diasporas et leurs gouvernements. Cette nouvelle façon de mobiliser l’épargne de la diaspora, sous forme d’obligations, va nécessairement aider à consolider la relation financière entre les pays et leur diaspora, mais surtout, elle peut créer un climat de confiance entre les différents acteurs de la diaspora et leurs gouvernants. »
Cet emprunt obligataire a pour but de financer les investissements internes et les grands chantiers lancés par les autorités militaires burkinabè.
L’Etat brukinabè a besoin d’argent
La construction de l’autoroute stratégique Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, longue de près de 330 kilomètres et financée sur fonds propres, pèse sur les dépenses publiques.
Malick Koutou, de l‘Association des burkinabè d’Allemagne, estime toutefois que le « bon de la diaspora” vise avant tout à mobiliser les capitaux des Burkinabè vivants en Afrique, en particulier en Côte d’Ivoire. « Il ne faut pas voir la diaspora vivant en Europe. Le Burkina a près de cinq millions de Burkinabè en Côte d’Ivoire. Une grande partie de l’économie ivoirienne est gérée par les Burkinabè. Au Ghana, aussi, il y a une forte communauté burkinabè. Ce sont plutôt ces gens-là qui sont visés. En Allemagne, la population burkinabè est estimée entre 3 000 à 4 000 personnes. Ce n’est pas beaucoup. L’histoire de la diaspora des Burkinabè en Europe, ça a commencé après Thomas Sankara. C’est après la mort de Thomas Sankara que les gens ont commencé à partir. Sinon, au temps de Thomas Sankara, il y avait tellement de patriotisme que les gens ne voyageaient pas. »


