Pr Michel Akotionga : Une vie consacrée à redonner aux femmes leur dignité

Date:

Date:

Le Burkina Faso perd une grande figure de sa médecine. Gynécologue-obstétricien, enseignant-chercheur et pionnier de la lutte contre les mutilations génitales féminines, le Pr Michel Akotionga laisse derrière lui un parcours marqué par le soin, la transmission et une conviction profonde : aucune femme ne devrait avoir à vivre dans la souffrance à cause de son corps.

Il y a des vies professionnelles qui se résument difficilement à un titre ou à une fonction. Celle du Pr Michel Akotionga est de celles-là. Médecin, enseignant, chirurgien et défenseur de la santé des femmes, il aura consacré une grande partie de son existence à soigner, former et réparer. Son engagement avait pourtant une origine profondément personnelle. Dans un témoignage livré en 2021, le professeur expliquait que son choix de devenir gynécologue-obstétricien était lié à sa mère, décédée alors qu’il était encore en première. « Pour honorer sa mémoire », disait-il, il avait choisi d’aider les femmes, qu’il considérait comme à l’image de celle qui lui avait donné la vie. Cette vocation allait progressivement devenir un combat.

De Yako à Yalgado, puis la transmission

Après ses études de médecine générale, Michel Akotionga a exercé comme médecin-chef à Yako, avant d’être nommé directeur départemental de la Santé à Ouahigouya, où il a servi de 1981 à 1983. Il part ensuite à Angers, en France, pour sa spécialisation, qu’il poursuit à Cotonou, au Bénin. Il rentre définitivement au Burkina Faso en 1989.

Affecté à la maternité de l’hôpital Yalgado-Ouédraogo, il partage ensuite son activité entre cet établissement et la clinique Suka. En 1992, il devient assistant, puis maître-assistant, avant d’obtenir l’agrégation en 2002. Son parcours universitaire fera également de lui un enseignant et un encadreur de générations de médecins.

Les traces de cette transmission apparaissent dans les travaux universitaires du département de gynécologie-obstétrique. Le Pr Akotionga a notamment participé à l’encadrement de plusieurs travaux de recherche consacrés à des questions aussi diverses que les urgences obstétricales, les grossesses à risque, les complications gynécologiques ou encore les conséquences obstétricales des mutilations génitales féminines.Mais c’est surtout dans la prise en charge des femmes victimes des séquelles de l’excision que son nom restera durablement associé à une page importante de l’histoire médicale du Burkina Faso.

« Le père de la réparation des séquelles de l’excision »

Au fil des années, Michel Akotionga s’est imposé comme l’un des pionniers de la réparation des séquelles des mutilations génitales féminines. L’UNFPA Burkina Faso le présente comme le « Père de la réparation des séquelles de l’excision au Burkina Faso ». Des femmes victimes de ces séquelles lui ont été confiées pour bénéficier d’interventions de réparation, parfois gratuitement dans le cadre de programmes de prise en charge.

Il a participé aux premières actions de sensibilisation contre l’excision à une époque où le sujet demeurait profondément tabou. Dans un témoignage, il racontait les résistances rencontrées lors des premières campagnes : des membres de l’équipe avaient même été pris à partie et contraints de se réfugier dans des concessions ou sous des camions. Mais l’équipe avait continué. Pour le professeur, combattre l’excision signifiait aussi écouter les femmes, comprendre leurs souffrances et leur permettre, lorsque cela était médicalement possible, de retrouver une vie intime et familiale plus apaisée. Le Burkina Faso avait d’ailleurs commencé très tôt à intégrer la restauration du clitoris et la réparation des séquelles de l’excision dans la prise en charge médicale. Dès 2006, le Pr Akotionga expliquait que ces interventions étaient intégrées aux activités de gynécologie et qu’il était prêt à aider les femmes concernées, sans rechercher de bénéfice financier personnel.

Son ambition dépassait la réparation des conséquences du passé. Son rêve était celui d’un Burkina Faso où aucune petite fille ne serait plus excisée. En 2024 encore, il rappelait cette espérance : « Je suis optimiste qu’un jour on ne parlera plus de MGF au Burkina Faso », déclarait-il, en expliquant que chaque femme qu’il recevait lui rappelait sa mère et renforçait sa volonté de défendre leur cause.

Une empreinte qui dépasse la médecine

L’héritage du Pr Michel Akotionga ne se mesure donc pas seulement au nombre de patientes opérées ou de médecins formés. Il se lit aussi dans une certaine conception de la médecine : celle qui soigne le corps sans oublier la personne, celle qui écoute avant d’intervenir et qui tente de rendre aux patients une part de ce que la maladie ou les violences leur ont enlevé. Son nom est déjà inscrit dans la mémoire de sa province natale. À Pô, un établissement scolaire a donné son nom à l’une de ses salles, en hommage à son parcours et à sa contribution à la société. Le choix avait été présenté comme une manière de transmettre aux jeunes générations l’exemple de personnalités ayant marqué le Nahouri.

À l’heure où le Burkina Faso salue sa mémoire, c’est donc bien plus qu’un médecin qui disparaît. C’est un enseignant, un pionnier, un défenseur de la santé des femmes et un homme dont le parcours rappelle que la médecine peut aussi être un engagement social.

Le Pr Michel Akotionga avait choisi de devenir gynécologue pour rendre hommage à sa mère. Au terme de son parcours, son œuvre constitue à son tour un hommage à des milliers de femmes dont il aura tenté de réparer les blessures, visibles comme invisibles.

Que la terre lui soit légère.

FasoMag

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Inscription à notre newsletter

spot_img

FLASH INFOS

À LIRE AUSSI

Universités et développement au Burkina : Faut-il repenser les formations ?

À l’heure où le Burkina Faso ambitionne d’accélérer sa...